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L’approche humaniste et existentielle en psychothérapie : une voie centrée sur le sens et la relation

Pour résumer...

1. Une approche centrée sur la personne et le sens

L’approche humaniste/existentielle considère l’individu dans sa globalité, en valorisant l’autonomie, la responsabilité et la quête de sens à travers une relation thérapeutique authentique.

2. Des fondements philosophiques forts

Inspirée de l’existentialisme et de l’humanisme, elle s’intéresse à l’expérience vécue dans le présent et aux grandes questions existentielles plutôt qu’à l’analyse du passé ou à la seule suppression des symptômes.



3. Une posture thérapeutique spécifique

Le praticien adopte une attitude non directive fondée sur l’empathie, la congruence et l’acceptation inconditionnelle, favorisant un cadre sécurisé propice à l’exploration personnelle.

4. Des méthodes reconnues et expérientielles

Elle regroupe notamment la psychothérapie centrée sur la personne, la Gestalt-thérapie et l’analyse transactionnelle, pratiquées en individuel, en groupe ou en couple.

5. Un intérêt majeur en formation, avec certaines limites

Particulièrement adaptée aux coachs et futurs thérapeutes, elle développe des compétences relationnelles clés, tout en gagnant à être intégrée à d’autres approches pour l’accompagnement de troubles plus complexes.

L’approche humaniste et existentielle en psychothérapie regroupe un ensemble de courants qui se distinguent par le fait de placer la personne au cœur du processus thérapeutique. Elle se caractérise plus par une posture qu'une approche méthodologique : considérer l’être humain dans sa globalité (on parle aussi d'approche holistique), reconnaître sa capacité de choix et l’accompagner dans sa quête de sens. Cette approche convient particulièrement aux personnes qui souhaitent développer une pratique fondée sur l’écoute, la responsabilité personnelle et les relations authentiques.

L'influence des philosophies des périodes de transition sociales

L’approche humaniste/existentielle s’appuie sur deux grands courants de pensée. D’un côté, l’existentialisme, avec des figures comme Heidegger ou Sartre, qui questionne la liberté, l’angoisse, la responsabilité et le sens de l’existence. De l’autre, l’humanisme, développé notamment par Carl Rogers ou Abraham Maslow, qui met en avant le potentiel de croissance de chaque individu et sa capacité d’auto-actualisation si l'environnement est favorable (posture du thérapeute). Ces approches philosophiques ont comme caractéristique d'avoir émergé lors de périodes sociales difficiles, ou d'avoir été inspirée par des philosophies apparue lors de transitions sociétales fortes (Renaissance, Europe d'après-guerre).

Contrairement aux approches analytiques centrées sur l’histoire passée ou aux modèles plus symptomatiques, cette orientation s’intéresse avant tout à l’expérience vécue par le client dans le présent (expérience subjective). Elle explore les grandes questions existentielles, comme le rapport à la liberté, à la finitude, à la solitude ou au sens, telles qu’elles se manifestent ici et maintenant dans la vie de celui-ci. Ces approches encouragent donc la transcendance de soi à travers un engagement vers l'autre ou un dévouement à une cause, dépassant l'individualisme pour une quête de sens plus large que l'épanouissement personnel seul.

Pour les futurs thérapeutes, ces fondements impliquent une formation qui ne se limite pas à l’apprentissage d’outils. Elle inclut une réflexion philosophique, une initiation à la phénoménologie (l'expérience subjective est la seule réalité accessible à l'être humain) et un travail éthique approfondi, afin de développer une écoute réellement ouverte, sans interprétation hâtive ni jugement.

Une qualité clé : la qualité de présence du praticien

Dans la relation thérapeutique, le praticien adopte une attitude non directive. Sa posture permet de créer un cadre sécurisant, marqué par une considération positive inconditionnelle, une empathie sincère et une congruence personnelle. Cette posture permet au client d’explorer librement son vécu subjectif, à son rythme.

Les principaux leviers d’intervention sont l’écoute active, la reformulation empathique et l’exploration des valeurs personnelles. Le thérapeute ne cherche pas à expliquer ou à corriger, mais à accompagner la prise de conscience et l’émergence de nouvelles options s'offrant au client.

En formation, une attention particulière est portée au travail sur soi. Les apprenants sont invités à développer leur propre congruence (on parle aussi d'authenticité : la relation se fait de personne à personne agissant l'une sur l'autre et pas d'analyste à objet d'analyse) afin de limiter les projections et d’habiter pleinement la relation thérapeutique. Les stages pratiques et les supervisions mettent en lumière une relation fondée sur une forme d’égalité, où le thérapeute n’est pas « au-dessus », mais à côté, pleinement engagé dans la rencontre.

Des méthodes phares et complémentaires

Plusieurs approches bien connues s’inscrivent dans cette famille humaniste et existentielle.

  • La psychothérapie centrée sur la personne, développée par Carl Rogers, repose sur trois conditions fondamentales : l’empathie, l’authenticité et l’acceptation inconditionnelle. Elle vise à libérer le potentiel de croissance déjà présent chez le client. Elle est caractérisée par la non-directivité, le questionnement ouvert, le praticien peut partager certaines de ces émotions ou certaines informations lorsque cela soutient l'authenticité.

  • La Gestalt-thérapie, initiée par Fritz Perls, met l’accent sur l’ici-et-maintenant. Elle utilise des expérimentations (technique de la chaise vide ou du dialogue à deux chaises par exemple), le travail corporel et la mise en lumière des polarités internes pour faire émerger une conscience plus fine de soi et de ses modes de contact avec les autres et le monde.

  • La thérapie Existentielle, reprise entre autres par Rollo May, se concentre sur le vécu du client pour le remettre en responsabilité, lui faire prendre conscience de sa liberté, afin de donner du sens aux expériences vécues (dépression, angoisses,...), non pas considérée comme des maladies mentales, mais des processus d'évolutions et de maturation de l'être humain. Elle permet le travail sur les concepts universels de l'existence humaine, comme la liberté et la responsabilité, mais aussi sur la mort en utilisant des techniques pour affronter directement l'angoisse de la celle-ci, aidant le patient à intégrer cette réalité ultime sans fuite.

  • La thérapie centrée sur les émotions, de Greenberg, permet d'identifier les schémas émotionnels inadaptés (émotions débordantes ou absentes) en faisant entrer le client en contact de celles-ci via le corps, lui permettant d'apprendre à les identifier, les différencier et les gérer pour s'apaiser.

  • L’analyse transactionnelle, proposée par Eric Berne, explore les états du moi (Parent, Adulte, Enfant) afin de mieux comprendre les dynamiques relationnelles et de sortir de scénarios de vie répétitifs et limitants.

Ces méthodes, souvent expérientielles, peuvent se pratiquer en individuel, en groupe ou en couple, sur des durées variables, selon les objectifs et les besoins des personnes accompagnées.

Un atout majeur pour une formation professionnelle

L’approche humaniste/existentielle est particulièrement pertinente pour les coachs et les futurs thérapeutes, notamment dans les environnements proches du coaching professionnel (par exemple les référentiels de compétences de l’ICF). Elle permet de développer des compétences transversales essentielles : écoute profonde, régulation émotionnelle, qualité de présence et soutien de l’autonomie du client.

Elle est particulièrement indiquée pour l’accompagnement des crises de sens, des périodes de transition, du burnout ou des questionnements identitaires. De nombreux  retours de pratique soulignent ses effets positifs sur la confiance en soi, la responsabilisation et la résilience.

En France, les formations certifiantes dans ces courants — notamment en Gestalt-thérapie ou en approche rogérienne — exigent généralement un volume conséquent de pratique supervisée, souvent compris entre 500 et 1 000 heures. Elles peuvent conduire à des reconnaissances professionnelles telles que des titres RNCP ou des affiliations à des fédérations comme la FF2P.

Limites et approche intégrative

Comme toute orientation thérapeutique, l’approche humaniste/existentielle a ses limites. Elle est moins adaptée à la prise en charge de troubles psychiques sévères, tels que certaines psychoses, lorsqu’elle est utilisée seule. En revanche, elle s’avère particulièrement pertinente en prévention, en accompagnement du développement personnel et dans une logique de mieux-être durable.

De plus en plus, elle s’inscrit dans des démarches intégratives, en complément d’outils issus des approches cognitivo-comportementales ou systémiques. 

Pour les personnes en formation, une question clé pour leur pratique sera posée : celle de leur propre maturité existentielle. C’est pourquoi un travail thérapeutique personnel est généralement requis tout au long du parcours, afin de soutenir une pratique éthique, ajustée et responsable.