L’approche systémique et interactionnelle : penser les difficultés dans leur contexte relationnel
Pour résumer...
1. Une lecture relationnelle des difficultés
Les symptômes sont compris comme le produit d’interactions dysfonctionnelles au sein d’un système (famille, couple, organisation).
2. Un cadre théorique centré sur le présent
Inspirée de la théorie des systèmes, l’approche privilégie les boucles interactionnelles actuelles plutôt que les causes individuelles passées.
3. Des interventions brèves et stratégiques
Thérapies familiales, de couple et brèves systémiques visent à modifier les patterns relationnels pour provoquer un changement global.
4. Une approche très pertinente en formation et en coaching
Efficace pour les problématiques relationnelles, elle se transpose facilement au coaching d’équipe et gagne à être intégrée à d’autres modèles thérapeutiques.
L’approche systémique et interactionnelle en psychothérapie propose un changement de regard assez radical. Ici, la difficulté d’une personne n’est jamais envisagée isolément, mais comme le résultat de dynamiques relationnelles au sein d’un système : famille, couple, équipe de travail, parfois même une organisation entière. Pour les personnes intéressées par une formation en thérapie, cette approche offre des outils puissants pour comprendre ce qui se joue entre les individus, et intervenir de manière souvent brève, concrète et efficace, notamment dans les contextes familiaux ou professionnels.
La théorie des systèmes à la base de l'approche
Inspirée par les travaux de Gregory Bateson, Paul Watzlawick et l’école de Palo Alto, l’approche systémique s’appuie sur la théorie des systèmes et la cybernétique (étude des systèmes complexes et de l'observateur dans ces systèmes). Un de ses principes clés est que « le tout est plus que la somme des parties ». Autrement dit, un symptôme n’est pas seulement un problème individuel, il joue aussi une fonction dans l’équilibre du système relationnel auquel la personne appartient.
Plutôt que de rechercher des causes anciennes ou intrapsychiques, l’approche systémique s’intéresse avant tout au présent, aux interactions répétitives et aux cercles de rétroaction qui maintiennent le problème. Les formations insistent fortement sur l’épistémologie systémique (le système possède un degré de complexité plus grand que ses parties), la neutralité dite circulaire (questionnement explorant l'environnement du problème, voir plus loin) et une posture d’humilité face à la complexité des relations humaines. Il ne s’agit pas d’expliquer, mais de comprendre comment ça fonctionne, ici et maintenant.
Une posture thérapeutique active et stratégique
Dans la pratique, le thérapeute systémicien observe les patterns relationnels : règles implicites, alliances, coalitions, rapports de pouvoir, boucles causales qui se répètent. Il utilise des questions circulaires pour faire émerger différents points de vue et permettre aux membres du système de se voir autrement dans la relation.
La posture est active, parfois stratégique, mais toujours non jugeante et bienveillante. L’alliance thérapeutique ne se construit pas seulement avec une personne, mais avec le groupe dans son ensemble. En formation, les apprenants s’entraînent souvent à travers des dispositifs spécifiques : miroirs sans tain, génogrammes, jeux de rôle et supervisions en équipe. Tout cela vise à développer une vision globale et mobile des situations relationnelles.
Des méthodes emblématiques orientées changement
Plusieurs modèles connus s’inscrivent dans cette approche.
La thérapie familiale systémique, portée notamment par Minuchin ou Boszormenyi-Nagy, implique l’ensemble de la famille. Elle vise à réajuster les frontières, les rôles et les hiérarchies lorsqu’ils deviennent sources de souffrance.
La thérapie de couple systémique, qu’elle soit issue de l’école de Palo Alto ou des approches solutionnistes, cherche à interrompre les escalades conflictuelles. Elle utilise parfois des prescriptions paradoxales et une focalisation sur ce qui fonctionne, même partiellement.
La thérapie brève systémique (MRI, école de Milan) se concentre sur les tentatives de solution qui, paradoxalement, maintiennent le problème. Les séances sont souvent espacées, avec un nombre limité dans le temps, généralement entre 10 et 20 rencontres.
Ces approches peuvent s’appliquer à des familles, des couples, mais aussi à des équipes ou des organisations.
Un atout fort pour la formation et le coaching
L’approche systémique est particulièrement appréciée par les coachs (qui peuvent être amené à l'utilisation en coaching collectif ou en thérapie de couple pour le traitement des conflits) et les thérapeutes intervenant dans des contextes relationnels complexes. Elle est très pertinente pour les conflits familiaux, les problématiques de couple, certaines addictions familiales ou encore les troubles alimentaires, notamment chez l’enfant et l’adolescent. Des études montrent une efficacité comparable aux TCC pour certains troubles dans ces populations.
Les formations certifiantes, proposées par différents instituts (Quinet, EFPP, entre autres), durent généralement entre 400 et 800 heures. Elles incluent une pratique supervisée et peuvent mener à des reconnaissances professionnelles (FF2P, RNCP). Les compétences acquises sont facilement transférables au coaching d’équipe, au management ou à l’intervention en entreprise.
Limites et articulation avec d’autres approches
L’approche systémique est moins adaptée lorsque la souffrance est principalement individuelle et peu reliée à des interactions actuelles, comme certaines psychoses isolées. Elle peut aussi donner le sentiment, pour certains profils, de rester en surface lorsqu’un travail plus introspectif est nécessaire.
C’est pourquoi elle s’intègre très bien dans une démarche intégrative. Elle se combine efficacement avec les TCC pour le traitement des symptômes, ou avec les approches psychodynamiques pour explorer l’histoire personnelle. Pour les personnes en formation, un travail personnel en groupe est souvent recommandé afin de développer la flexibilité et la posture systémique nécessaires à une pratique ajustée.